Betterave sucrière tolérante aux herbicides

Les mauvaises herbes représentent le plus grand problème de la culture de la betterave sucrière car les betteraves poussent lentement et supportent mal leur concurrence. Photo: J. Romeis, Agroscope
Les mauvaises herbes représentent le plus grand problème de la culture de la betterave sucrière car les betteraves poussent lentement et supportent mal leur concurrence. Photo: J. Romeis, Agroscope

Les betteraves sucrières doivent être protégées des mauvaises herbes

La betterave sucrière (Beta vulgaris) est une plante cultivée de grande importance pour l’agriculture suisse. Pratiquement tout le sucre consommé en Suisse provient de la betterave domestique.

Les mauvaises herbes restent le plus grand problème de la culture de la betterave. Les jeunes pousses de betteraves sucrières supportent mal la concurrence des mauvaises herbes. Ces dernières peuvent être contrôlées soit mécaniquement soit chimiquement. Etant donné que le désherbage manuel est trop difficile et trop coûteux, la betterave sucrière n’a que peu d’importance pour la culture biologique. En 2012, la surface impartie à la betterave sucrière biologique atteignait moins de 0,1 %.

Mais l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques est aussi difficile. En effet,  son succès dépend du dosage exact de divers produits à des moments définis. La plupart du temps, en Suisse, les betteraves sucrières sont traitées trois fois avec un mélange de produits phytosanitaires.1 De plus, la lutte contre les mauvaises herbes s’engage déjà au cours de l’année précédente dans les cultures qui, dans la rotation des cultures, précèdent la betterave sucrière.

Augmenter les rendements et baisser les coûts

L’utilisation de betteraves génétiquement modifiées (GM) tolérantes aux herbicides facilite le contrôle des mauvaises herbes, parce que le moment de pulvérisation est plus flexible et que le produit phytosanitaire utilisé (le glyphosate) permet une lutte large et efficace contre toutes les mauvaises herbes. De plus, les betteraves sucrières sont moins endommagées par le produit phytosanitaire ce qui permet d’améliorer le rendement et de réduire les coûts du contrôle phytosanitaire. Des calculs du centre de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ont montré que les conditions appliquées en Suisse permettraient de générer jusqu’à 40 % de bénéfice supplémentaire (CHF + 640.-/ha).2

Ménager le sol fertile

Le glyphosate est moins nocif pour l’environnement que la plupart des autres herbicides. De plus, les betteraves sucrières tolérantes au glyphosate peuvent être semées directement dans le sol, sans labour préalable, ménageant ainsi le sol et le protégeant aussi de l’érosion.

Expériences aux Etats-Unis

Aux États-Unis, les betteraves tolérantes aux herbicides sont autorisées à titre provisoire depuis 2006. Il est à remarquer que, en 2009 déjà, la nouvelle betterave GM était cultivée sur 95 % de la surface dédiée, ce qui a entraîné un changement subi en matière de stratégie de lutte contre les mauvaises herbes. Les premières expériences laissent entrevoir que la culture de betteraves GM a entraîné une réduction de l’utilisation d’herbicides et une réduction de la pollution (de près de 40 % selon l’Environmental Impact Quotient EIQ).3 Début 2012, le département de l’agriculture américain (USDA) a accordé son autorisation définitive pour la culture de la betterave GM.

Cependant, des mauvaises herbes résistantes au glyphosate sont devenues un problème de plus en plus sérieux dans différentes régions des Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle on s’attend également à un recours partiel à d’anciens herbicides plus intensif et, donc, moins respectueux de l’environnement.

> pour plus d’informations sur le développement de résistances

Les essais en plein champ en Europe

Les betteraves GM ont été testées pendant plusieurs années en plein champ en Allemagne et en Pologne par l’entreprise KWS. Les tests en plein champ démontrent qu’il est possible de lutter efficacement contre les mauvaises herbes sur ces sites, et en même temps que de réduire l’utilisation d’herbicides.4

Des betteraves GM ont également été cultivées en plein champ en Angleterre. Ce faisant, il s’avère qu’il est possible de choisir une stratégie de management des mauvaises herbes qui, d’une part, augmente les rendements et, de l’autre, laisse assez de mauvaises herbes et de semences pour les invertébrés et les oiseaux.5

Les betteraves sucrières tolérantes aux herbicides ne sont pas encore autorisées en Europe. L’entreprise KWS a déposé une demande d’autorisation pour la culture de la betterave GM en 2000. Le processus d’autorisation s’étendant sur plusieurs années, l’entreprise a retiré sa demande en 2013.

Littérature

(1) Schweizerische Fachstelle für Zuckerrübenbau (2000). Unkrautkontrolle. Der Rübenpflanzer. Lien 

(2) Albisser Vögeli G, Burose F, Wolf D, Lips M (2011) Wirtschaftlichkeit gentechnisch veränderter Ackerkulturen in der Schweiz: Mit detaillierter Berücksichtigung möglicher Koexistenz-Kosten, Forschungsanstalt Agroscope Reckenholz-Tänikon (ART). Lien 

(3) Dillen K, Demont M, Tillie P, Rodriguez Cerezo E (2012) Bred for Europe but grown in America: the case of GM sugar beet. New Biotechnology 30: 131–135. Lien

(4) Nichterlein H, Matzk A, Kordas L, Kraus J, Stibbe C (2012) Yield of glyphosate-resistant sugar beets and efficiency of weed management systems with glyphosate and conventional herbicides under German and Polish crop production. Transgenic Research 22(4): 725-736. Lien

(5) May MJ, Champion GT, Dewar AM, Qi A, Pidgeon JD (2005) Management of genetically modified herbicidetolerant sugar beet for spring and autumn environmental benefit. Proceedings of the Royal Society B 272: 111–119. Lien

 

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