Pommes de terre résistantes au mildiou

Dans le cas de variétés vulnérables, une culture de pommes de terre contaminées par le mildiou peut être totalement anéantie en quelques jours.
Dans le cas de variétés vulnérables, une culture de pommes de terre contaminées par le mildiou peut être totalement anéantie en quelques jours.
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Dans le cas de variétés vulnérables, une culture de pommes de terre contaminées par le mildiou peut être totalement anéantie en quelques jours.
Dans le cas de variétés vulnérables, une culture de pommes de terre contaminées par le mildiou peut être totalement anéantie en quelques jours.

Mesures actuelles contre le mildiou de la pomme de terre

La Suisse couvre elle-même 90 à 95 % de ses besoins en pommes de terre (Solanum tuberosum). Cependant, une culture de la pomme de terre rentable serait impossible sans mesures particulières de prévoyance contre le mildiou. En Suisse, la maladie est contenue grâce à la rotation de cultures, l’emploi de variétés tolérantes et, surtout, par le biais de l’utilisation de produits phytosanitaires. L’agriculture biologique qui produit 4 % des pommes de terre, a le droit d’utiliser une quantité limitée (3 kg/ha/année) de cuivre pour lutter contre la maladie. Dans la production intégrée (PI), on utilise des produits phytosanitaires synthétiques, mais pratiquement plus de cuivre. Dans l’UE, des efforts sont en cours pour interdire totalement l’usage du cuivre, étant donné qu’il s’accumule dans les sols et est toxique à concentrations élevées pour les organismes vivants dans le sol.

Grâce au traitement efficace du mildiou, il n’existe presque plus de pertes de récoltes en Suisse ; elles sont par contre encore évaluées à 20 % dans le monde entier.

Sélectionner des variétés résistantes à l’aide de méthodes conventionnelles

Depuis plusieurs années déjà, il est bien connu que différentes espèces étroitement apparentées à la pomme de terre, telles, par exemple, la pomme de terre sauvage mexicaine (Solanum bulbocastanum), contiennent des gènes conférant à la plante une résistance contre les souches du mildiou. Ce gène de résistance a pu être transféré dans la pomme de terre de consommation au bout de plus de 40 années laborieuses de sélections conventionnelles. Malheureusement, l’agent pathogène rapidement su surmonter cette résistance.1 Au bout de quelques années de nouvelles souches de l’agent pathogène apparaissent, soit immigrées de l’extérieur, soit à la suite d’une mutation spontanée. L’agent pathogène est donc capable de s’adapter continuellement à de nouveaux mécanismes de protection moléculaires et de les contourner.

De nouvelles stratégies de sélection misent sur l’introduction simultanée de plusieurs gènes de résistance dans la plante de pomme de terre, afin que la résistance ne puisse pas être surmontée aussi facilement. On parle alors de superposition de gènes (« gene stacking »). De longues années de sélection conventionnelle ont permis le développement de certaines variétés de pommes de terre portant en elles plusieurs gènes de résistance contre le mildiou, par exemple la variété hongroise Sarpo Mira.2 La commercialisation de ces nouvelles variétés s’avère cependant difficile, car elles présentent, en partie, des propriétés différentes (de goût, qualité lors de la cuisson, durée de stockage,) de celles de variétés connues.

Rendre résistantes les variétés actuelles à l’aide du génie génétique vert

Pour obtenir une résistance durable, l’introduction dans la pomme de terre de plusieurs gènes de résistance est plus facile à réaliser à travers le génie génétique vert qu’à travers les sélections conventionnelles. Ce faisant, les caractéristiques d’une variété déjà connue et appréciée peuvent alors être retenues.

Plusieurs instituts de recherche publics travaillent sur de tels projets. Aux Pays-Bas, une variété porteuse de plusieurs gènes de résistance contre cette maladie végétale est testée actuellement en plein champ. Ces gènes proviennent de variétés sauvages.3 La société BASF a déjà testé avec succès une pomme de terre porteuse de deux gènes de résistance (variété Fortuna) en plein champ sur 11 sites différents dans 6 pays de l’UE, et la demande d’autorisation en Europe est en cours depuis 2010. Mais cette nouvelle variété ne sera probablement pas à disposition des agriculteurs européens : en effet, en janvier 2012, BASF a décidé de transférer ses travaux de recherche-développement dans le domaine de la biotechnologie verte d’Allemagne vers les Etats-Unis.4 L’entreprise s’attend à y rencontrer un climat plus favorable à la recherche et à la commercialisation. L’introduction de la pomme de terre « Fortuna » sur le marché européen n’est plus envisagée.

Plus de la moitié des produits phytosanitaires pourrait être économisée

Les variétés de pommes de terre résistantes au mildiou demanderaient bien moins de traitements phytosanitaires que maintenant : au lieu de 8 à 12 pulvérisations par année, 3 à 4 suffiraient.5 Du fait que d’autres agents pathogènes peuvent s’attaquer à la pomme de terre et qu’il faut lutter contre ceux-ci, l’utilisation de produits phytosanitaires reste incontournable. Les économies de produits phytosanitaires amènent une pollution plus faible des sols, des eaux et de la pomme de terre elle-même. Et comme les machines parcourent moins souvent les champs de pomme de terre, la consommation d’énergie de même que les émissions de CO2 baissent également.

La culture de la pomme de terre en Suisse: faits et chiffres

  • Culture annuelle: env. 11 000 ha, dont 4% consacrés é la production biologique
  • Degré d’autosuffisance: env. 90 à 95%
  • Production fermière à partir de semences propres: env. 20%
  • Pertes de récoltes dues au mildiou: env. 20% au niveau mondial; minimes en Suisse grâce é des mesures phytosanitaires intensives

Lutte contre le mildiou

  • Production biologique: sélection de variétés, rotation de cultures et cuivre (3 kg/ha/an)
  • Production intégrée (PI) et production conventionnelle: sélection de variétés, rotation de cultures et agents phytosanitaires synthétiques (8-12 traitements par an, env. 5-8 kg/ha/an)

Littérature

(1) Schöber-Butin B (2001) Die Kraut- und Braunfäule der Kartoffel und ihr Erreger Phytophthora infestans (Mont.) de Bary. Mitteilungen aus der Biologische Landesanstalt für Landwirtschaft und Forst, Berlin-Dahlem, Heft 384, S. 64. Lien 

(2) Rietman H, Bijsterbosch G, Cano LM, Lee HR, Vossen JH, Jacobsen E, Visser RGF, Kamoun S, Vleeshouwers VGAA (2012) Qualitative and quantitative late blight resistance in the potato cultivar Sarpo Mira is determined by the perception of five distinct RXLR effectors. Molecular Plant-Microbe Interactions 25: 910–919. Lien

(3) Zhu SX, Li Y, Vossen JH, Visser RGF, Jacobsen E (2011) Functional stacking of three resistance genes against Phytophthora infestans in potato. Transgenic Research 21: 89 – 99. Lien

(4) Dixelius C, Fagerström T, Sundström JF (2012) European agricultural policy goes down the tubers. Nature Biotechnology 30: 492–493. Lien

(5) Speiser B , Stolze M, Oehen B, Gessler C, Weibel FP, Bravin E, Kilchenmann A, Widmer A, Charles R, Lang A, Stamm C, Triloff P, Tamm L (2013) Sustainability assessment of GM crops in a Swiss agricultural context. Agronomy for Sustainable Development 33: 21–61. Lien

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